mercredi 20 décembre 2017

Georges Teissier et Hélène Karsakoff : deux concessions perpétuelles à titre honorifique accordées


Le 7 avril 2017, nous avions adressé à Monsieur le Maire, conjointement avec le directeur de la Station biologique, Bernard Kloareg, une demande d’attribution d’une concession perpétuelle à titre honorifique pour Georges Teissier et Hélène Karsakoff.
 
 

Le 19 décembre 2017, le conseil municipal de Roscoff a accédé à notre demande en votant à l’unanimité l’attribution de concession perpétuelle à titre honorifique.
Nous sommes reconnaissants à nos élus d’accorder cette distinction à deux personnes qui ont contribué à la réputation de notre ville.
 
Georges Teissier est un zoologiste et généticien de renommée internationale (voir par exemple, l'article de l'Encyclopedia universalis qui lui est consacré).
Ancien élève de l'école normale supérieure, agrégé de sciences naturelles, il devient en 1928 chef de travaux à la station biologique de Roscoff. Nommé professeur titulaire de la chaire de Zoologie de la Sorbonne en 1945, il est adjoint de Frédéric Joliot à la tête du CNRS en 1945 et prend sa succession en 1946. Il reste directeur du CNRS jusqu'en 1950. Il devient le quatrième directeur de la station biologique de Roscoff, après Henri de Lacaze-Duthiers, Yves Delage et Charles Pérez,
de 1945 jusqu’à sa retraite en 1970.
Mort le 7 janvier 1972 à Roscoff, il a
été inhumé au cimetière du Vil, dans le carré 3D, sans contrat de concession ; l’exhumation de sa dépouille pouvait donc être effectuée à tout moment.

 Dans le cimetière du Vil, une seule croix orthodoxe, sur la tombe de Paul et Hélène Karsakoff, dans le 5è carré à gauche (5G-05-01). Paul et Hélène Karsakoff, devenus apatrides russes après la Révolution de 1917, n’ont pas de descendant ; la concession était échue depuis 1975 et pouvait à tout moment être reprise.
 
Nathalie Karsakoff, qui préférait qu'on l'appelle Hélène, est peu connue du grand public mais les phycologues la considèrent comme une pionnière pour le recensement de la flore marine de notre littoral.
Voici quelques renseignements fournis en novembre 2010 par Madame Jacqueline Cabioch, maître de conférences à l’université Pierre et Marie Curie, phycologue elle-même :
« Nathalie Karsakoff est une parisienne d’origine russe qui a effectué de nombreux et longs séjours à Roscoff et laissé son nom dans la littérature phycologique.
Il est vraisemblable qu’au cours de ses premiers séjours (fin des années 1880) elle ait été hébergée par un employé de la Station Biologique, peut-être le gardien. C’est peut-être ainsi qu’elle découvrit la richesse des splendides grèves de Roscoff.
 
Au début du siècle une première exploration des algues de la région avait été réalisée par le colonel Du Dresnay de 1820 à 1827 (Dizerbo, 1982) qui constitua un herbier de 235 espèces essentiellement recueillies en épaves sur les grèves de Penpoul et actuellement conservé dans la bibliothèque de l’Abbaye de Landevennec.
 
Outre son séjour près de la Station Biologique, un second fait important pour Nathalie Karsakoff fut son amitié avec Anna Vickers dont la famille s’était installée à Roscoff sur la place de l’église vers 1880. Anna Vickers déjà botaniste chevronnée autodidacte, également séduite par la nature roscovite, s’était lancée dans la découverte des algues.
 
Il fallut aux deux amies plus de 12 ans pour explorer inlassablement les grèves de la région, étudiant, identifiant les espèces et les conservant en collection d’herbier. Elles parcoururent ainsi des lieux plus ou moins aisément accessibles (Batz, Callot, Duons, Bloscon, Ledanet...). Elles bénéficiaient d’excellentes conditions, « ayant à leurs ordres une embarcation, des marins du pays et des engins de pêche » (Chalon, 1905), le tout probablement financé par Anna. (Celle-ci effectua en effet de la même manière à ses frais une exploration aux Canaries en 1895-1896 et une autre à la Barbade en 1898-1899). Anna et Nathalie étaient en relation avec les phycologues français et étrangers et des espèces nouvelles leur furent dédiées.
 
Parallèlement Anna Vickers qui voyageait beaucoup de par le monde avait rapporté et acclimaté de nombreuses plantes exotiques terrestres qu’elle cultivait dans un jardin situé au centre de Roscoff. On entrevoit ce jardin sur certaines cartes postales anciennes.
Ce gros travail d’exploration des grèves devait conduire à un inventaire très complet et à la publication d’une florule (Chalon, 1905). Mais Anna disparut prématurément et la publication ne vit pas le jour. Cette disparition brutale mit donc un terme à cette activité. Nathalie continua seule un moment et conserva quelques relations avec les scientifiques.

Le recensement de la flore marine de Roscoff fut repris en 1954 par Jean Feldmann à la demande de Georges Tessier qui dans les années 1950 lança la publication d’un vaste inventaire de la faune et de la flore marines de la région (environ 3000 espèces d’Invertébrés et 700 d’Algues puricellulaires). Ce recensement nécessitait de compiler les données anciennes de la littérature, les collections consultables, de vérifier l’exactitude des identifications passées et d’introduire les découvertes plus récentes.
Dans son introduction J. Feldmann (1954) rend hommage au travail fondateur de Vickers et Karsakoff et reprend sans hésitation leurs observations. Anna Vickers échangeait beaucoup avec les scientifiques étrangers et les récoltes signées Vickers et Karsakoff figurent dans de nombreux muséums. Mais sa collection personnelle demeure actuellement introuvable ; son herbier fut racheté par Jean Chalon, un collectionneur amateur et lui servit à publier une liste des Algues des côtes de France. Fort heureusement Chalon fit don de nombreux échantillons à l’herbier de la Station, tous étiquetés des deux noms associés Vickers et Karsakoff. Certaines espèces mentionnées dans l’inventaire de 1954, découvertes par Vickers et Karsakoff, n’avaient jusqu’à une date récente, jamais été revues.
 
Tout ceci montre à quel point le travail de ces deux femmes est une étape pionnière qui eut le mérite d’attirer l’attention sur la richesse de la flore marine de Roscoff. »

Sources :
Chalon Jean, Liste des algues marines observées jusqu’à ce jour entre l’embouchure de l’Escaut et la Corogne. Anvers, 1905, 259 p.
Dizerbo Auguste, Algologues de Bretagne, Penn ar Bed, 13, 1982, p. 108-109.
Feldmann Jean, Inventaire de la flore marine de Roscoff, Supplément 6 aux Travaux de La Station Biologique de Roscoff, 1954, 152 p.




 

dimanche 3 décembre 2017

HISTOIRE ET PATRIMOINE : Frank.W.STOUT


Il y a cent ans


Le 2 décembre 1917 naissait Frank W. STOUT à Christchurch en Nouvelle-Zélande. Ce 2 décembre 2017, une délégation d’anciens combattants de Roscoff est venue honorer sa mémoire en déposant des roses blanches de Noël sur sa tombe, au cimetière du Vil. Nous les avons accompagnés.




 

Rappelé comme pilote stagiaire en janvier 1943, après un passage à l'école de l'air Macleod, au Canada, Frank W. STOUT reçoit son insigne de pilote le 30 septembre 1943. Nommé sergent, il rejoint l’Angleterre où il est attaché à la Royal Air Force le 20 janvier 1944.

Le 18 juin 44, il est copilote sur le B24 de l’escadron 547. Le Liberator EV897 décolle de l’aérodrome de Saint-Eval en Cornouaille britannique avec dix hommes à bord à 10h50. A 14h 30, la Flak de l’île de Batz abat le B24 EV897 qui s’écrase en mer au nord de l’île.

De nombreux Roscovites ont un souvenir précis de l’événement encore aujourd’hui, en particulier ceux qui suivaient la procession du Sacré-Cœur le dimanche 18 juin. Ils étaient sur le boulevard Carnot lorsqu’ils ont vu l'avion tourner en rond avec un ou plusieurs moteurs en feu avant de s’écraser en mer au nord de l'île de Batz.

Les Allemands ont immédiatement lancé des embarcations de sauvetage à la recherche de survivants. La vedette de la douane allemande, le Kid, commandée par l’Allemand Kourt, dit Le Maltais, ramène à terre à Roscoff le corps du second pilote, Franck W. Stout (témoignage de M. Braouézec).

Une autre vedette partie de l’île de Batz ramène l'ingénieur de bord de la RAF et l'opérateur sans fil de la Royal Canadian Air Force, Ingliis et Smart, qui sont faits prisonniers et le corps du sous-lieutenant anglais Wilson, qui aujourd’hui est enterré à Bayeux. Les noms des six disparus sont gravés sur le Mémorial de Runnymede, inauguré en 1953 par Elizabeth II, pour environ 20 000 soldats de l'armée de l'air décédés et sans sépultures connue.

 L'enterrement du copilote néo-zélandais à Roscoff avait été l'occasion, pour les habitants de Roscoff et des environs, d'un acte de résistance qui aurait pu avoir des conséquences tragiques.
Visant Seité consacre un chapitre de son ouvrage Darvoudou brezel va Horn-Bro : 1944 au récit de l’enterrement. Le chapitre IV intitulé « Eun anterament gwall-drouzuz » se conclut par: « Ce fut miracle que tout se fut si bien passé. D'autres localités pour bien moins ont subi de vrais malheurs ; ce fut le cas de Saint-Pol. » (traduction inédite du frère Albert Cabon)

Les archives de Roscoff ont conservé un récit concordant signé Célestin Séité, sans doute rédigé par le premier secrétaire de mairie Paul Guyader.

 
 
 
 
 

dimanche 5 novembre 2017

Déambulation du 2 novembre 2017 : de nombreux visiteurs dans un cimetière très fleuri



Le cimetière du Vil était très fleuri pour ces fêtes de la Toussaint.
Une météo exceptionnellement belle a accompagné les visiteurs venus écouter les explications de Dany Guillou-Beuzit.